Guide du producteur à la norme nationale de biosécurité à la ferme pour les producteurs de pommes de terre - Guide pour l'élaboration de votre plan de biosécurité à la ferme
2. Comprendre les concepts : gestion des opérations à la ferme

Cette page fait partie du répertoire des documents d'orientation (RDO).

Vous cherchez des documents connexes?
Recherche de documents connexes dans le répertoire des documents d'orientation.

La gestion des activités à la ferme vise les activités quotidiennes à la ferme et la manière dont elles sont associées à la biosécurité. Les renseignements suivants ont été élaborés en tenant compte des connaissances sur les voies d'entrée des ravageurs et des maladies ainsi que des risques associés en matière de biosécurité. Les pratiques exemplaires recommandées décrites dans cette section devraient être mises en place afin de réduire le risque en matière de biosécurité qui est associé au déplacement de personnes, de véhicules et d'équipement, ainsi qu'à l'élimination des déchets de pommes de terre.

2.1 Établissement de zones de biosécurité

Résultat visé :

Les zones d'accès contrôlé et les zones d'accès restreint sont établies et identifiées au moyen d'une signalisation appropriée afin de prévenir l'introduction ou de restreindre la propagation de ravageurs et de maladies.

Les zones de biosécurité à la ferme sont des zones à accès contrôlé qui visent :

  • à protéger un champ, une culture ou un bâtiment contre l'infestation ou la contamination par un ravageur ou une maladie;

    ou

  • à restreindre la maladie ou le ravageur à la zone affectée (p. ex. un champ, un entrepôt) afin de prévenir la propagation à d'autres endroits à l'extérieur de la zone.

Lorsqu'une zone de biosécurité est établie, les risques associés au déplacement d'un ravageur ou d'une maladie vers la zone ou à l'extérieur de la zone doivent être évalués. L'évaluation des risques repose sur la connaissance des voies d'entrée ou de sortie possibles de maladies ou de ravageurs dans une zone de biosécurité, tel que l'indique le tableau 1.

Pour qu'elles soient efficaces, ces zones doivent être identifiées clairement et contrôlées, et leur importance doit être comprise (protéger ou restreindre).

Ces zones sont habituellement appelées zones d'accès contrôlé (ZAC) et zones d'accès restreint (ZAR). Les procédures d'entrée et de sortie des ZAR sont généralement plus contraignantes que celles des ZAC.

Exemples de ZAC

  • les champs de production;
  • les aires d'entreposage des pommes de terre;
  • les autres zones dans lesquelles un accès contrôlé peut être nécessaire.

Exemples de ZAR

  • le laboratoire ou la serre servant à la production de pommes de terre de semence;
  • les champs de pommes de terre de semence de haute classe;
  • les aires d'entreposage de pommes de terre de semence;
  • le champ infesté par une maladie comme le mildiou ou le flétrissement bactérien;
  • le champ où la présence d'un agent pathogène ou d'un ravageur vivant dans la terre a été confirmée (p. ex. le Spongospora subterranea, agent responsable de la gale poudreuse; le nématode des racines déformées; le Plasmodiophora brassicae, agent responsable de l'hernie du canola).

La raison de la désignation de la zone d'accès restreint (protéger ou restreindre) doit être considérée lors de l'établissement des priorités et procédures de travail.

Exemples

  • Lorsqu'une ZAR est créée pour protéger un champ de pommes de terre de semence de haute classe, commencer les activités dans ce champ, puis continuer dans les champs de classe inférieure.
  • Lorsqu'un champ a été désigné ZAR pour contenir une infestation dans le sol causée par un ravageur vivant dans la terre, se rendre en dernier dans cette zone lors du déroulement des activités.

Idéalement, lorsqu'une ferme produit des pommes de terre de semence et des pommes de terre commerciales, les deux activités devraient être complètement séparées. Lorsqu'il n'y a pas séparation complète des deux activités, l'ensemble de la ferme doit être considéré comme une ferme qui produit des semences de pomme de terre, et le propriétaire doit déclarer à l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) tous les champs dans lesquels des pommes de terre ont été cultivées et respecter certaines exigences minimales en matière de biosécurité.

Le personnel doit se nettoyer et se désinfecter ainsi que l'équipement avant d'entrer dans une ZAR lorsque cette zone sert à protéger de l'introduction de ravageurs et de maladies. Lorsqu'une ZAR sert à restreindre la propagation d'un ravageur, il est essentiel de prendre des mesures pour que le personnel se nettoie et se désinfecte ainsi que l'équipement lorsqu'ils sortent de cette zone afin d'empêcher que le ravageur ne se propage davantage. Une telle mesure réduit au minimum le transfert de terre, de matières végétales et de tout ravageur et de toute maladie associés vers la zone ou à l'extérieur de la zone, selon ce qui est à protéger.

Considérations sur l'établissement et la gestion des zones de biosécurité

  • Localiser toutes les ZAC et les ZAR sur la carte de la ferme.
  • Installer des pancartes avec des conseils sur les pratiques recommandées en matière de biosécurité aux principaux points d'accès et dans les zones à risque élevé.
  • Évaluer l'état de l'équipement et vérifier s'il y a présence de terre et de débris végétaux, et nettoyer et désinfecter l'équipement au besoin avant de le déplacer d'une zone à l'autre.
  • Enlever la terre et les débris végétaux des chaussures et des vêtements du personnel et des visiteurs; si nécessaire, nettoyer et désinfecter les articles avant de les déplacer d'une ZAC à une ZAR.
  • Vérifier toutes les allées et venues antérieures du personnel et des visiteurs avant qu'ils n'entrent dans les zones de biosécurité ou qu'ils n'en sortent.

Les ravageurs vivant dans la terre (notamment, la gale verruqueuse de la pomme de terre et le nématode à kyste de la pomme de terre) peuvent survivre longtemps (plus de vingt ans) dans le sol.

Évaluer de manière approfondie les antécédents culturaux et l'utilisation antérieure des champs récemment acquis ou loués afin de détecter les maladies et ravageurs potentiels avant que la zone ne soit mise en production ou complètement intégrée à la ferme.

Évaluer le risque associé aux terres récemment acquises en tenant compte des éléments suivants :

  • Quelles sont les antécédents de production ou quelle a été l'exploitation antérieure des terres?
  • Y avait-il une vieille ferme ou une ancienne propriété familiale sur le site?
  • Les terres ont-elles été utilisées comme jardin privé ou pour produire des pommes de terre?
  • Les terres ont-elles été utilisées régulièrement pour faire pâturer du bétail et le nourrir de pommes de terre?
  • Quels sont les antécédents et les résultats d'analyse du sol visant des ravageurs et des maladies en particulier comme les nématodes à kyste de la pomme de terre ou les Verticillium spp..?

2.2 Déplacement de personnes (protocoles, communications et formation)

Résultat visé :

Le personnel de la ferme, les visiteurs, y compris les fournisseurs de services, reçoivent une formation et/ou sont informés des protocoles en matière de biosécurité à la ferme et s'y conforment.

Les personnes qui viennent à la ferme peuvent introduire à leur insu des maladies et des ravageurs. La terre sur les chaussures et les vêtements, y compris les gants de travail usagés, peut contenir des ravageurs vivant dans la terre, des spores fongiques, des bactéries et des graines de mauvaises herbes. Même si les mains des personnes ont l'air assez propres, elles peuvent transporter des agents pathogènes bactériens et fongiques.

Afin de réduire le risque en matière de biosécurité qui est associé au déplacement des personnes à la ferme, élaborer des politiques et des procédures de manière à réduire le risque que représentent le personnel de la ferme et les visiteurs. Communiquer ensuite ces politiques et procédures à toutes les personnes qui entrent à la ferme et offrir des formations au personnel de la ferme.

Les vêtements, les chaussures et les mains peuvent abriter des agents pathogènes invisibles à l'œil nu (p. ex. des spores de mildiou, la bactérie responsable du flétrissement bactérien).

Considérations sur les protocoles ou procédures de biosécurité liées au déplacement de personnes

  • Conserver un registre des visiteurs et des fournisseurs de services.
  • Exiger que tous les membres du personnel et tous les visiteurs nettoient et désinfectent leurs chaussures à leur entrée à la ferme, et fournir les options suivantes :
    • des bottes jetables pour les visiteurs
    • des chaussures réservées au personnel de la ferme ou à une utilisation dans les ZAR
    • des installations de lavage de chaussures et plateaux à trempage pour le désinfectant.
      Lorsque des plateaux à trempage sont utilisés, bien les entretenir afin que le désinfectant soit efficace. Suivre les directives des fiches de renseignements des provinces où elles ont été produites, ou les recommandations du fabricant du désinfectant sur les taux de mélanges, le temps de contact et le calendrier de remplacement de la solution désinfectante. Ne pas oublier que les chaussures doivent être nettoyées avant le trempage, car la terre et la matière organique rendent moins efficaces la plupart des désinfectants.
  • Porter un vêtement d'extérieur de protection, si nécessaire, avant d'entrer dans une ZAR.
  • Fournir au personnel des gants propres réservés ou leur indiquer de se laver les mains avant de travailler dans une serre.
  • Former le personnel au respect des exigences sur les mesures adéquates de nettoyage et de désinfection et au signalement de tout écart dans les procédures.
  • Veiller à ce que les visiteurs communiquent avec le producteur avant d'entrer à la ferme et à ce qu'ils soient informés au sujet des mesures de biosécurité et du fait que leur visite est documentée.
  • Accompagner les visiteurs durant leur visite.

2.3 Déplacement de véhicules et d’équipement

Résultat visé :

Tous les véhicules et l'équipement, en particulier ceux des fournisseurs de services, sont évalués par rapport aux risques qu'ils représentent en matière de biosécurité, puis nettoyés ou désinfectés, au besoin, à l'entrée et à la sortie de la ferme ou lorsqu'ils sont déplacés entre les ZAC et les ZAR.

L'entrée de véhicules et d'équipement et leur déplacement dans votre ferme représentent une voie d'entrée possible pour les ravageurs et les maladies. Par exemple, la terre ou les résidus de culture accrochés aux véhicules et à l'équipement peuvent abriter des ravageurs ou des agents pathogènes. Il y a une grande circulation de véhicules et d'équipement au sein de la ferme, et il est peu pratique de nettoyer et de désinfecter tous les véhicules et tout l'équipement. Cependant, les véhicules et l'équipement peuvent présenter un risque élevé d'introduction de maladies et de ravageurs.

Véhicules et équipement à risque élevé :

  • la machinerie extérieure à la ferme comme les entreprises d`épandages commerciales, l'équipement mis en commun avec d'autres fermes, et les véhicules des fournisseurs de services (services d'agronomes); et
  • l'équipement usagé récemment acheté (en particulier s'il a été utilisé pour des démonstrations à la ferme avant l'achat).

Les protocoles et procédures visant les déplacements de véhicules et d'équipement doivent être pratiques et efficaces pour réduire le risque pour la biosécurité.

Les exigences de nettoyage et de désinfection de véhicules et d'équipement extérieurs à la ferme quand ils entrent à la ferme ou qu'ils en sortent doivent être établies en fonction du risque comme suit :

  • Quelle partie de la ferme sera visitée?
  • Quelle est la nature de la visite ou des travaux?
  • Les visiteurs entreront-ils dans une ZAC ou une ZAR?
  • Ont-ils visité une autre ferme récemment?
  • Y a-t-il de la terre et/ou des débris visibles sur leur véhicule ou leur équipement?

Considérations sur les protocoles ou procédures de biosécurité associées au déplacement de véhicules et d'équipement

  • Tenir un registre concernant le nettoyage et la désinfection.
  • Exiger que les véhicules extérieurs à la ferme (p. ex. les véhicules de services, avec droit de passage pour les servitudes, d'inspection et utilisés pour prendre des relevés) demeurent sur les chemins d'accès réservés et les empêcher de circuler dans les champs.
  • Lorsqu'un véhicule doit entrer dans un champ, s'assurer qu'il ne transporte ni terre ni débris végétaux.
  • Établir le plan de circulation du trafic conformément aux zones de biosécurité (tel que décrit au point 2.1).
  • Réduire au minimum le déplacement d'équipement sur les sols mouillés pour éviter le déplacement excessif de terre, et faciliter tout nettoyage nécessaire.

2.4 Déchets (eaux, végétaux et sol)

Résultat visé :

Un programme de gestion des déchets à la ferme sur les pommes de terre, le sol et les eaux usées est établi et mis en œuvre pour restreindre l'introduction ou la propagation de tout phytoravageur et de toute maladie.

Les rebuts de pommes de terre, les plants indésirables, le sol (terre et sédiments provenant des eaux de lavage), les eaux usées et les matériaux d'emballage usagés représentent des voies d'entrée à risque élevé. Lorsqu'aucune mesure de confinement n'est en place, les ravageurs et les maladies susceptibles d'être contenus dans ces matières peuvent facilement se propager aux cultures de pommes de terre dans votre ferme et dans d'autres fermes de la région.

L'élimination de tout déchet doit être effectuée conformément aux lois et règlements fédéraux, provinciaux et municipaux.

Considérations sur l'élimination des déchets

  • Les rebuts de pommes de terre peuvent
    • être enfouis dans une zone qui n'est pas utilisée pour la production d'une culture et qui est éloignée des cours d'eau naturels. Les rebuts doivent être placés dans une tranchée et couverts d'au moins 50 cm de terre.
    • être épandus dans un champ à la fin de l'automne ou en hiver; un tel calendrier permet de nombreuses périodes de gel et de dégel qui rendent les tubercules non viables et qui réduisent le temps nécessaire à la dégradation des matières. Idéalement, l'épandage des rebuts de pommes de terre dans un champ doit être réalisé dans le champ où les pommes de terre ont été produites, et l'épaisseur de la couche de pommes de terre doit être au maximum de 15 cm.
    • être servis au bétail. Ils ne doivent pas être accumulés ou stockés à l'extérieur. L'entreposage des rebuts doit se faire dans un bâtiment, et les rebuts doivent être couverts d'une bâche ou ensilés. Lorsque les rebuts de pommes de terre sont envoyés à l'extérieur de la ferme, l'éleveur, le fabricant d'aliments du bétail ou d'autres personnes doivent être informés des recommandations sur l'entreposage. Le fumier provenant des animaux nourris aux rebuts de pommes de terre ne doit pas retourner sur les terres qui ont servi à la production de pommes de terre.
    • être compostés, selon des ratios de mélanges et des pratiques d'exploitation appropriés afin que la température dans le tas de compost soit suffisante pour détruire les ravageurs et les maladies.
  • Enlever immédiatement les plants indésirables, y compris tout tubercule provenant du champ, et éviter tout contact avec d'autres plants; les éliminer ensuite comme il convient
    • en les enfouissant dans une zone qui n'est pas utilisée pour la culture et qui est loin des cours d'eau naturels. Les plants indésirables doivent être placés dans une tranchée et rapidement couverts de terre.
    • en les confinant dans des sacs de plastique ou dans d'autres contenants fermés solides et en les transportant vers un site de gestion des déchets municipaux.
  • Retourner la terre souillée dans le champ d'où elle provient.
  • Éliminer les sédiments provenant du lavage dans un site d'enfouissement ou dans une zone qui ne sera pas utilisée pour la production de pommes de terre. Ne pas épandre les sédiments dans les champs de pommes de terre.
  • Garder les zones situées près des sources d'eau libres de tout déchet provenant des cultures de pommes de terre et d'autres sources possibles d'infestation. L'eau provenant de ces zones ne devrait pas couler vers les zones de production.
  • Confiner ou drainer les eaux de nettoyage et de désinfection provenant des zones de production et de circulation dans une fosse septique distincte ou dans une zone de drainage distincte.
  • Traiter les eaux usées et les sédiments provenant du lavage et/ou du déplacement des pommes de terre avant de les utiliser pour l'irrigation ou avant de les retourner aux champs (p. ex. confiner les eaux usées dans des bassins de rétention distincts).
  • Éviter de réutiliser les matériaux d'emballage comme la jute, car ils ne peuvent pas être bien nettoyés ou désinfectés.

L'élimination de toute forme de déchets doit être effectuée régulièrement, et particulièrement au printemps et en été pour empêcher la transmission rapide des ravageurs et des maladies aux cultures et la contamination des terres utilisées pour la production de pommes de terre.

Date de modification :