Cydalima perspectalis (Walker) – (La pyrale du buis) – Feuillet de renseignement

Contexte

Indigène d'Asie, la pyrale du buis (Cydalima perspectalis Walker) est un ravageur envahissant qui cause actuellement de graves dommages aux buis (Buxus spp.) en Europe. Elle a été détectée en Allemagne et aux Pays-Bas aux alentours de 2006; elle aurait été introduite en Europe par l'entremise d'un envoi de végétaux du genre Buxus provenant d'Asie.

Après son arrivée, elle a continué sa progression vers de nouvelles régions et est maintenant présente dans jusqu'à 30 pays européens. Sa propagation a été favorisée par le libre marché des végétaux vivants dans l'Union européenne et par la présence dans les milieux naturels de deux espèces de buis indigènes d'Europe, le B. sempervirens et le B. balearica.

Les buis sont des plantes ornementales généralement utilisées pour la création de haies ou pour l'art topiaire, qui consiste à tailler les végétaux en formes diverses (figure 1). Toutefois, la chenille de la pyrale du buis compromet l'aspect esthétique des plantes qu'elle attaque, car elle cause la perte de leurs feuilles, y tisse des toiles et y laisse des excréments (figure 2). Elle se nourrit principalement des feuilles de ses plantes hôtes, mais elle peut également en consommer l'écorce.

La pyrale du buis a été détectée à Toronto en août 2018 par un scientifique amateur, comme le relate une publication en ligne (voir le blogue sur iNaturalist; (en anglais seulement)). En novembre 2018, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a confirmé la présence de la pyrale du buis dans un quartier urbain de Toronto. Il s'agit de la première mention confirmée de ce ravageur en Amérique du Nord.

Carte de phytoravageur - Pyrale du buis

Hôtes

Le Cydalima perspectalis s'attaque principalement aux plantes du genre Buxus (famille des Buxacées). En Europe, les espèces du genre Buxus mentionnées comme hôtes sont les suivantes :

  • Buxus balearica
  • Buxus bodinieri
  • Buxus harlandii
  • Buxus megistophylla
  • Buxus microphylla
  • Buxus rugulosa
  • Buxus sempervirens
  • Buxus sinica

En Asie, le C. perspectalis a pour hôtes les espèces du genre Buxus, mais il a également été signalé chez des espèces d'autres genres. En plus des espèces ci-dessus, les espèces ci-dessous ont été signalées comme hôtes du C. perspectalis en Asie :

  • Euonymus alata et E. japonicus (famille des Célastracées)
  • Ilex purpurea (famille des Aquifoliacées)
  • Murraya paniculata (famille des Rutacées)

Une espèce de buis, le B. vahlii, est indigène d'Amérique du Nord; de petites populations se trouvent à Puerto Rico et dans les îles Vierges américaines. Il n'y a aucune espèce de buis indigène du Canada. Actuellement, la majorité des buis vendus dans les pépinières canadiennes proviennent de sources intérieures ou sont importés des États-Unis. Les buis ont été introduits en Amérique du Nord comme matériel de pépinière provenant d'Europe et d'Asie, puis ils ont fait l'objet d'une sélection et ont été vendus aux propriétaires de maisons. Ainsi, on les rencontre seulement dans les régions urbaines, où ils sont cultivés autour des maisons et dans de petits jardins. On ne trouve aucun peuplement naturel de buis au Canada, contrairement à ce qu'on observe en Europe.

Aire de répartition

Les pays où la pyrale du buis est actuellement présente sont énumérés ci-dessous.

Asie : Chine, Inde, Iran, Japon, Corée du Sud.

Europe : Allemagne, Autriche, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Monténégro, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine.

Canada : La pyrale du buis a été détectée dans un quartier urbain de Toronto, en Ontario, en août 2018. La source de cette introduction est inconnue.

Biologie

L'emplacement géographique, la source de nourriture des chenilles ainsi que la température ont des effets considérables sur la biologie du C. perspectalis, notamment la longévité et la fécondité des adultes, le rythme de développement des chenilles, la diapause et le nombre de générations par année. Les adultes ont une durée de vie d'environ 14 jours et possèdent une bonne capacité de vol, et ils pourraient parcourir 7 à 10 km par année. Pendant la journée, on peut les voir se reposer sur les plantes hôtes ou sur d'autres plantes à proximité.

La femelle pond ses œufs sur la face inférieure des feuilles des plantes hôtes, généralement en groupes de 10 à 20. L'éclosion survient après environ 3 jours. Les chenilles se nourrissent ensuite sur la face inférieure des feuilles et entourent les feuilles de fils de soie, l'un des signes d'infestation les plus évidents. Selon la température et la source de nourriture des chenilles, le cycle de celles-ci peut comporter jusqu'à 7 stades. Les chenilles atteignent la maturité et se transforment en chrysalide en environ 14 jours. Les adultes émergent après environ 14 jours.

Il y a 1 à 5 générations de Cydalima perspectalis par année, selon la région géographique. L'espèce passe par une diapause obligatoire de 6 à 8 semaines induite par une photopériode d'environ 13,5 h, mais ce phénomène peut varier en fonction de la région géographique et la température durant le développement. Le stress dû au froid durant la diapause n'a pas de grande incidence sur la survie des chenilles, car le C. perspectalis peut survivre dans des régions où les températures hivernales minimales se situent autour de -30 °C. L'espèce hiverne au stade larvaire, dans un cocon de soie que la chenille tisse entre les feuilles d'une plante hôte. Les chenilles du deuxième au cinquième stade hivernent, selon la région géographique. Dans le centre de l'Europe, l'espèce hiverne au troisième stade larvaire. La température seuil pour le développement des œufs, des chenilles et des chrysalides varie entre 8 et 12 °C.

Détection et identification

Symptômes

La pyrale du buis cause des dommages aux buis durant son stade larvaire, en consommant les feuilles et parfois l'écorce de ses hôtes. Elle compromet l'aspect esthétique des plantes qu'elle attaque, en causant la perte de leurs feuilles et en y tissais des toiles. Les jeunes chenilles se nourrissent sur la face inférieure des feuilles seulement et laissent l'épiderme supérieur intact. Plus tard, les chenilles se nourrissent à l'intérieur des toiles qu'elles ont tissées et dévorent complètement les feuilles, n'en laissant que les nervures médianes et parfois les tissus à la marge. Des toiles, des excréments et des capsules céphaliques noires résultant de la mue peuvent être visibles dans les plantes infestées et autour de celles-ci. La défoliation et le dépérissement ainsi causés sont inesthétiques et réduisent la valeur des plantes.

Identification

Oeuf

Les œufs sont pondus en grappes et sont initialement jaune verdâtre (figure 3). Un point noir apparaît dans l'œuf quand la capsule céphalique de la chenille commence à se former. L'éclosion survient après environ 3 jours.

Chenille

À leur sortie de l'œuf, les chenilles sont jaune verdâtre avec la tête noire et luisante. Au fil de leur maturation, leur couleur tire de plus en plus sur le vert, et une alternance de larges bandes noires et de fines lignes blanches apparaissent le long de leur corps (figure 4). Les chenilles matures peuvent être longues de jusqu'à 4 cm.

Chrysalide

Arrivées à maturité, les chenilles se tissent un cocon de soie blanche parmi les feuilles et les rameaux de leur plante hôte. La chrysalide mesure en moyenne 1,5 à 2,0 cm de long. Elles sont toujours cachées, ce qui explique qu'on les observe rarement sur le terrain (figure 5).

Adulte

Les adultes sont des papillons nocturnes d'une envergure d'environ 4 cm. Il existe deux variantes de couleur; chez la variante la plus commune, les ailes sont blanches avec une large bordure brun foncé. Chez la variante « mélanique », qui est plus rare, les ailes sont brunes avec de petites rayures blanches sur les ailes antérieures (figure 6).

Prévention et lutte

Actuellement, il est essentiel de sensibiliser le public aux risques associés au déplacement de buis infestés, pour éviter et limiter la propagation du C. perspectalis au Canada. Les buis peuvent être infestés par des individus de tous les stades du cycle vital de la pyrale du buis. En Europe, il existe des produits chimiques et des biopesticides pouvant servir au traitement des buis; toutefois, plusieurs de ces composés ne sont pas actuellement homologués pour le traitement des buis ou ne sont pas disponibles au Canada.

Pour déterminer la répartition de la pyrale du buis, l'ACIA invite tous les intervenants à envoyer à leur bureau régional de l'ACIA un échantillon de tout ravageur qu'ils détectent sur les buis. Les observations présumées de l'espèce peuvent aussi être signalées en ligne. Ces renseignements aideront l'ACIA à évaluer la menace associée à la pyrale du buis et à déterminer les mesures à prendre pour la protection du Canada.

Figures

Figure 1. Topiaire de buis (en avant-plan)
Figure 1. Topiaire de buis (en avant-plan)

Source : European Boxwood and Topiary Society – Gardens in the Dordogne (en anglais seulement)
Words and Pictures by Roger Last

Figure 2. Haie de buis endommagée par le Cydalima perspectalis
Figure 2. Haie de buis endommagée par le Cydalima perspectalis

Source : The Connexion: French news and views – Tiny wasps could control boxtree moth (en anglais seulement)

Figure 3. Oeufs du Cydalima perspectalis
Figure 3. Oeufs de Cydalima perspectalis pondus sur la face inférieure d'une feuille de buis.

Source : Schmetterling Raupe (en allemand seulement) © de W. Schön, utilisé avec autorisation.

Figure 4. Chenille du Cydalima perspectalis
Figure 4. Chenille du Cydalima perspectalis

Source : European Boxwood and Topiary Society – Box Tree Moth & Caterpillar (en anglais seulement)

Figure 5. Chrysalide du Cydalima perspectalis
Figure 5. Chrysalide du Cydalima perspectalis

Source : European Boxwood and Topiary Society – Box Tree Moth & Caterpillar (en anglais seulement)

Figure 6. Adultes du Cydalima perspectalis (à gauche la variante commune et à droite la variante « mélanique »)
Figure 6. Cydalima perspectalis adulte, à gauche la variante commune et à droite la variante « mélanique » (photos fournies par Szabolcs Sáfián, Université de Hongrie occidentale, Bugwood.org).
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