RG-8 Directives réglementaires : Contaminants dans les aliments du bétail (anciennement RG-1, chapitre 7)
Section 2 : Niveaux d'intervention relatifs aux dioxines, furanes, biphényles polychlorés (BPC) de type dioxine, et BPC totaux présents dans les aliments du bétail

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L'ACIA procède périodiquement à des enquêtes sur les aliments du bétail afin de détecter les polluants de l'environnement qui pourraient avoir une incidence sur la sécurité de la chaîne de production alimentaire et sur la santé des animaux. Depuis 1998, les types différents des aliments du bétail et des ingrédients des aliments du bétail ont été recensé visant à déterminer leur teneur en dioxines, furanes et biphényles polychlorés (BPC). On a ainsi estimé que, pour les humains, les aliments sont la principale source d'exposition aux dioxines, aux furanes et aux BPC, 90 % de ces substances provenant des aliments d'origine animale (Fürst, Beck et Theelen, 1992). Les estimations indiquent aussi que 80 % de ces contaminants des produits d'origine animale proviennent des aliments du bétail. Les résultats des enquêtes initiales et l'analyse des publications scientifiques pertinentes nous amènent à considérer que les farines de poisson, les huiles de poisson, les aliments pour poissons et les ingrédients minéraux constituent des sources potentielles de ces contaminants, et, à ce titre, ont été surveillés dans le cadre du Programme de surveillance des dioxines, des furanes et des BPC. Les résultats de l'échantillonnage ont été compilés et l'on a déterminé les concentrations de base de dioxines, de furanes et de BPC.

Les dibenzo-p-dioxines polychlorées (PCDD) et les dibenzofuranes polychlorés (PCDF), souvent appelés tout simplement « dioxines », se forment au cours de la fabrication des hydrocarbures chlorés et risquent donc de se retrouver sous forme de contaminants dans les BPC, les pesticides organochlorés et les herbicides phénoxyacides. Les procédés de blanchiment faisant intervenir du chlore peuvent aussi entraîner la formation de dioxines. Des dioxines se forment également lors de la combustion de matières organiques en présence de chlore et sont donc présentes dans les cendres volantes des incinérateurs; les feux de forêts en produisent naturellement. Les PCDD et les PCDF sont très persistants dans l'environnement et sont considérés comme des polluants omniprésents. On les retrouve à de très faibles concentrations chez tous les organismes vivants, et ils peuvent être bioaccumulables dans les chaînes alimentaires en raison de leur caractère lipophile.

Selon le degré de chloration (1 à 8 atomes de chlore) et les substitutions, il est possible de distinguer 75 PCDD et 135 PCDF : on leur donne le nom de « congénères ». La toxicité des congénères de la dioxine varie considérablement. Parmi les 210 congénères connus, seuls 17 sont considérés toxiques, et l'analyse des « dioxines totales » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de ces 17 congénères de dioxine et furane. L'exposition et les teneurs en résidus chimiques sont exprimées en équivalents toxiques (TEQ) du congénère le plus toxique, soit la 2,3,7,8-tétrachloro-dibenzo-p-dioxine (2,3,7,8-TCDD), ce qui permet de comparer les résultats des analyses.

Le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a classé la 2,3,7,8-TCDD comme cancérogène du groupe 1, c'est-à-dire cancérogène pour les humains. Chez les animaux de laboratoire, les effets observés comprennent endométriose, troubles du comportement et du développement, effets sur la reproduction et immunotoxicité. Les effets biochimiques et toxicologiques de l'exposition aux dioxines sont fonction de la concentration dans les tissus et non de la dose. Ils sont donc les mêmes, que l'absorption se fasse par fortes doses sur une courte période ou petites doses sur une longue période.

Les BPC aussi sont considérés comme des polluants persistants. Ils diffèrent des PCDD et des PCDF dans la mesure où ils ont été intentionnellement fabriqués pour être utilisés dans les transformateurs, les isolateurs, les condensateurs, etc., alors que les dioxines et les furanes sont produits involontairement comme sous-produits non désirés. Les BPC comprennent 209 congénères différents et l'analyse des « BPC totaux » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de 72 des 209 congénères individuels de BPC. Certaines des 209 congénères, du fait de leur structure chimique et de leur activité biologique, sont considérés comme étant « de type dioxine ».

Il est également possible d'exprimer l'exposition aux 12 à 14 BPC de type dioxine les plus toxiques en équivalents toxiques (TEQ). En 1977, la fabrication et l'importation de BPC ont été interdites en Amérique du Nord, et les BPC encore utilisés dans les applications électriques sont en train d'être éliminés progressivement.

Remarque : À partir de ce point-ci dans cette section, le terme « dioxines » désigne les dioxines (PCDD), furanes (PCDF) et BPC de type dioxine. L'ACIA calcule les dioxines totales, y compris les BPC de type dioxine, par utiliser la mode internationale standardisée d'établissements de rapports de TEQ-OMS (équivalents toxiques - Organisation mondiale de la santé) avec les facteurs d'équivalence de la toxicité (FET) approprié de l'OMS de 1998 (Van den Berg et coll., 1998). Cette méthodologie peut servir au dosage de 7 congénères de la dioxine, 10 congénères du furane et 12 congénères des BPC de type dioxine. Toutes les données et tous les niveaux d'intervention (sauf pour BPC totaux) dans le reste de cette section sont exprimés utilisant la terminologie de TEQ-OMS.

Les méthodes d'analyses acceptables y compris une système de purification par extraction (extraction liquide-liquide ou extraction par Soxhlet) et l'utilisation de la chromatographie en phase gazeuse avec la spectrométrie de masse à haute résolution. Ça c'est la méthode utilisée par la laboratoire de l'ACIA pour l'analyse des échantillons. La méthode XDS-CALUX®, numéro 4435 de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis, a été examiné et est une méthode de sélection acceptable pour les minéraux. Si les autres méthodes d'analyse sont utilisées, il faut que les méthodes soient premièrement examinés par la laboratoire de l'ACIA pour déterminer si les résultats sont acceptables.

Sur la base des données résultant de l'analyse des échantillons prélevés dans le cadre du Programme de surveillance, des niveaux d'intervention ont été établis pour l'ensemble des dioxines présentes dans les farines de poisson, dans les huiles de poisson, dans les aliments pour poissons, dans les minéraux, dans les complexes minéraux, dans les macro-prémélanges et dans les antimottants (voir le tableau 3). Sur la base des résultats des échantillons, l'ACIA a aussi réexaminer son niveau d'intervention pour les BPC totaux dans les huiles marinesNote de tableau 3 utilisé comme ingrédient dans les aliments du bétail (voir le tableau 4).

Ces niveaux d'intervention sont considérés comme provisoires. Ils pourraient être abaissés dans l'avenir, dans le souci constant de réduire les sources superflues de contaminants dans les aliments d'origine animale. Cette approche concorde avec la politique de l'ACIA destinée à détecter et à éliminer les sources de contaminants présentes dans la chaîne de production alimentaire.

Les fabricants d'aliments du bétail se voient rappeler leur responsabilité de produire des aliments sans danger pour tous les animaux d'élevage et de prévenir l'introduction de contaminants dans la chaîne de production alimentaire par l'entremise d'aliments d'origine animale.

Tableau 3. Sommaire des niveaux d'intervention applicables aux dioxines totales, furanes totaux et des BPC de type dioxine totaux
(ng OMS TEQ/kg) dans différents ingrédients d'aliments du bétail.
Ingrédient d'aliments du bétailNiveau d'intervention
ng OMS TEQ/kg
Farine de poisson 3
Huile de poisson 16
Aliments pour poissons 6
Minéraux, complexes minéraux,
macro-prémélanges et antimottants
1,5
Huiles végétales

Par exemple :

  • Huile végétable (palme)
  • Huile végétable (palme) hydrogénée

Sous-produits de la fabrication d'huile végétale

Par exemple :

  • Sels calciques d'acides gras
  • Distillats d'acides gras de palme, fractionnés
  • Distillat d'acides gras d'huile de palme hydrogénée
  • Acide palmitique (C16:0) de palme
0,75 (pour les dioxines et furanes seulement)
1,5
Tableau 4. Niveau d'intervention applicable aux BPC totaux (mg/kg) dans les huiles marines.
Ingrédient d'aliments du bétailNiveau d'intervention
(mg/kg)
Huiles marines 0,3

Note de tableau

Note de tableau 3

Dans le cadre de la présente section, les huiles marines sont définies comme huiles des sources marines approuvés (p. ex., huile de poisson, huile de mollusque), qui sont inscrites dans les Annexes IV et V du Règlement sur les aliments du bétail.

Retour à la référence de la note de tableau 3

Références

Fürst, P. Beck, H., et Theelen, R.M.C. Assessment of human intake of PCDDs and PCDFs from different environmental sources. Toxic Substances Journal, no 12, p. 133-150, 1992.

Van den Berg et coll. Review: Toxic Equivalency Factors (TEFs) for PCBs, PCDDs, PCDFs for humans and wildlife. Environmental Health Perspectives, no 106, p. 775-792, 1998.

Fiche de renseignements - L'ACIA recommande de ne pas utiliser de bois ayant subi un traitement chimique à proximité des animaux et des aliments du bétail

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) recommande aux éleveurs à l'échelle du Canada de ne pas utiliser de structures en bois traité avec des produits chimiques à proximité des animaux destinés à l'alimentation humaine ou des aliments du bétail. En effet, la présence de teneurs potentiellement nuisibles en produits chimiques peut permettre la contamination de produits animaux, comme la viande, le lait ou les oeufs, par le bois ainsi traité.

Dans le cadre de son programme de surveillance des résidus, l'ACIA a détecté des teneurs en dioxines supérieures aux teneurs naturelles dans du lait cru provenant de deux exploitations laitières de la Colombie-Britannique. Santé Canada est d'avis que les teneurs en dioxines détectées ne présentent pas de risque immédiat pour la santé. Toutefois, cette situation a déclenché la prise de mesures visant à retracer et à éliminer la source de la contamination, conformément à l'approche du Canada en matière de gestion des dioxines dans l'approvisionnement alimentaire. Des processus naturels et industriels libèrent des dioxines et ces dernières se retrouvent donc en faible concentration dans la chaîne d'alimentation des humains à l'échelle du globe.

L'enquête a montré que le bois traité avec des produits chimiques qui est utilisé dans la fabrication de certaines fosses d'ensilage (contenants d'aliments des animaux) peut être la principale source des dioxines détectées. Il a été démontré que l'exposition à du bois traité avec des produits chimiques comme le pentachlorophénol (PCP) occasionne des teneurs en dioxines supérieures aux teneurs naturelles dans les aliments du bétail; ces dioxines sont ensuite transmises aux produits animaux. Le suivi exercé après l'application de mesures de prévention a révélé une baisse des teneurs en dioxines.

Les éleveurs ne devraient pas entreposer d'aliments du bétail dans un endroit où ceux-ci risquent d'entrer en contact avec des structures en bois ayant subi un traitement chimique. De surcroît, les animaux ne devraient pas pouvoir entrer en contact avec du bois traité avec des produits chimiques, dont la sciure et les copeaux de bois qui peuvent servir de litière. À tout le moins, les parois des fosses d'ensilage fabriquées avec ce type de bois devraient être recouvertes à l'intérieur d'une bâche de plastique et de bois non traité. Il est recommandé de porter des gants lorsque l'on manipule du bois traité et d'éliminer les débris conformément aux règlements provinciaux, territoriaux et municipaux.

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